France Culture

Les Discussions du soir

Guerre et politique en Afrique

Régis Debray reçoit Amandine Gnanguênon, chercheuse associée à l’université d’Auvergne et directrice du projet « Guerre et Politique »

En marge des Etats, émergent d’autres acteurs politiques aptes à répondre aux besoins des populations en termes de sécurité, de redistribution des biens et de justice. Les guerres, ni intra-étatiques ni inter-interétatiques s’apparentant plutôt à des systèmes de conflits, créent une opportunité pour des prétendants au pouvoir. Que ce soient les milices et les groupes terroristes au Nord Mali ou la secte Boko Haram au Nigeria, ils profitent du désordre pour imposer leurs règles.

Un ordre politique à la fois stable et violent finit par se pérenniser du fait d’un jeu d’échelles entre les espaces local, national et régional où la frontière, internationalement reconnue, tend à s’effacer. L’espace politique, se référant uniquement au cadre étatique, devient de moins en moins créateur de vivre ensemble sur le temps long et les individus trouvent refuge dans des registres communautaristes et régionalistes.

Dans les régions en périphérie des Etats, comme l’illustre le Nord Mali, l’absence des représentants de l’Etat (police, douane, armée) permet à des organisations religieuses ou des mouvements radicaux d’asseoir leur influence. Tout en apportant des réponses à la quête de sens des individus, ils proposent aussi des alternatives aux revendications populaires. En témoigne à l’échelle du continent africain, la création d’écoles coraniques pour compenser un système éducatif à deux vitesses jugé inadapté aux attentes des jeunes.

Ces observations soulèvent enfin certaines interrogations sur l’adéquation entre la nature des guerres et les modes de résolution des conflits des Nations unies, de l’Union africaine ou de la France. Dans un contexte où la guerre et la recomposition des espaces politiques sont intiment liés (Mali, Libye), les interventions étrangères sont à la fois facteurs de stabilité et d’instabilité. Quels que soient leurs objectifs, les acteurs qui prônent la neutralité finissent par devenir partie prenante dans la recomposition des rapports de force locaux.

Références musicales : Auteur/interprète : Ibeyi ; titre : Oya

Intervenante

Dr Amandine GNANGUENON

Dr Amandine GNANGUENON

Chercheur associée
Centre Michel de l’Hospital (Université de Clermont Ferrand)

Partenariat